Tabula rasa
au coin d'un visage sans âge
dans cette mémoire immémoriale
où l'être s'égare, ne sait plus
elle veille contemple femme-feu
elle était la battante
qui réchauffait les coeurs
elle était toujours dans ces creusets
à soulever la poussière faire naître une fleur
elle était tout sourire face au gris
elle soignait les éraflures du temps
les bobos les larmes aux tempes muettes
les maux de l'âme
elle était ce sein lourd dans lequel se posait
chaque être au coeur délicat
elle était cette peau abîmée par les rugueurs du temps
se parlait à haute voix parfois
un peu folle comme on peut aimer de cette folie-là
elle était ce rayon dans le gris qui vous broie
nourrisait le jais d'un rouge pétale
ajoutait au vol gracieux d'une hirondelle
un imaginaire planant
elle était cette étincelle dans ce jour
à vous dé-border
et ses yeux devenus autre
elle ne reconnaît ni sa sève ni ses branches
presqu'en exil comme dénaturée
déracinée
rendue à l'oubli, à elle-même
dans cette vacuité
sous un ciel gris
quelques éclairs de lucidité dans sa voix qui croit soudain
et soudain ne sait plus
au coin d'un visage sans âge
là où l'intemporel et l'éternel voyagent en chemin
aux coeurs de ces saisons où l'être s'égare
elle veille, contemple, femme-feu
devenue presque cendre
une main la rejoint apaisante
tentant d'attiser ses dernières braises
dépositaire
- tessiture :
" il y eut la pierre féroce
le rire caverneux
et la femme ombre ... "
-
taxidermie :
dans cette montagne d'alibis
" de fausses excuses ou de pieux mensonges... "
vers ces ferraillements, où le lieu et le fer se rejoignent, se rongent, s'entrechoquent
s'abreuvent... et nos sabres emmêlés
à nos sels rouillés
tu étais l'ombre qui cherchait
un terrain d'entente avec le silence
tu étais cet espace arrondi
où tout s'assombrissait
prenant ombrage
l'hiver et le gris
d'une vie qu'on thésaurisait
à regret
il y avait le ruissellement des heures
le démentèlement des âmes
et la peau livide laissée nue
posée à plat
comme étendue
une ligne qui attendait
d'être battue de nouveau
dans un flottement
Froissée
par l'oubli
tu attendais de ces bras
de ces mains impatientes,
besogneuses et rugueuses
le coup qui trancherait
inciserait à vif
marquerait de présence
suturant la distance
et réconcilierait, les "disjoints"