Vous êtes l' Ombre,
L' humeur d'un jour qu'on délave,
au pinceau de nos vies.
Vous êtes l' Ombre,
L' humeur d'un jour qu'on délave,
au pinceau de nos vies.
par Agnès Schnell

Faut-il tant de lest
pour n’être pas emporté
tant de rêves éteints
pour être juste en résonance
faut-il hurler ou se terrer
ou aller tête baissée droit devant
et laisser fenêtres et portes closes
avant le départ
faut-il que mon chant
soit dénudé pour être écouté
même si je chante à mots brûlés
même si l’ombre progresse
faut-il dire mon cœur troué
où les vents de l’enfance s’égarent
où la nuit perd le nord
où le futur n’a plus d’espérance
faut-il enfin être un messager
exposé plein-vent
pour que les eaux d’un autre rêve
prolongent ma voix ?
01 09 08
par Agnès Schnell : http://lapoesiequejaime.net/a_schnell.htm
" Pourquoi, pourquoi cette atroce bataille, sans répit, du vivant contre le vivant ?
Ce qui se passe dans le silence des océans est d'une telle atrocité que nous nous défendons
d'en prendre conscience. Chaque poisson semble avoir été doué sans raison
d'un appétit insatiable et qu'il passe sa vie à essayer de calmer en avalant des poissons
plus petits, jusqu'au moment où il est avalé par un poisson plus gros. Certains voraces
peuvent avaler en quelques heures leur propre poids de chair vivante. Pensez un peu au sort
du poisson avalé ! Faites un effort d'imagination. Essayer de sentir que vous êtes à sa place...
Vous voilà coincé vivant dans une tripe froide d'où suitent des acides. Leur atroce brûlure
vous mord d'abord les muqueuses : les yeux, la bouche, l'anus, le sexe, le système respiratoire.
Non, vous ne mourrez pas si vite, ce serait trop doux, vous serez digéré vivant
par toute la surface de votre peau. Vous ne pouvez pas crier, vous êtes muet,
vous n'avez rien à dire..."
Barjavel, la faim du tigre

comment vivre au plus simple,
cracher dans la marmite aux égouts
le coeur foutu, la bouche néant
elle sait les mots qui disent,
les voix qui mènent
elle est cet appel, ce coup de talon
qui reprend pied
la vie bègue
" Je suis bien certain d'une chose :
le besoin de consolation que connaît
l'être humain est impossible à rassasier."
Stig Dagerman
obscurcissement
d'une nuit
d'un silence pulsé
la feuille étale
le souvenir
fendu
tu allais,
nuit de chaînes
bois d'étoiles
dans l'algèbre ébène
contempler, l'infini-e
nervure, hors-Temps
cette inconnue
l'irrésolu
d'un Toi
partir,
quitter la sphère des hommes grouillants
des rires ravageurs
disséminer mes pages de sables, au gré des vents
nuage parmi les écumes, écume parmi les vagues,
et l'océan, carbonisé, de cet appel lointain
vague, vague, vague, l'âme divague
un soupçon, un éclat, une étincelle, un quelque part
l'air boiteux
partir,
aller cueillir la fleur d'un jour offert
vers cette nuit où capitulent, nos tristes vies
partir, un voile devant nos yeux,
quelque chose d'épais, silencieux
bouée sans amarre,
partir,
ballotée par les flots ;
d'un courant
d'air

Je me promène dans les pages, glane au fil des saisons des lettres muettes, minuscules. Gobe de l'être en majuscules, à plein. Il file comme du parfait coton au fil du jour, des mots qui portent
vers l'envol.
Une souris grignotait la page grise. Le chat dans la gorge s'échappait peu à peu. On ne peut tout sortir d'un coup. Saccades du vivre, aimer, grandir, périr aussi. Phénix de nos heures en
partance. Des cendres se reformeront, gélifieront nos vies. Appel d'air, chaleur. Il y a un impossible à être rassasié. La mine écrasée sur la page. Liquide, poreuse.
Rien qu'un pan de ciel, une traînée d'être, un bousculement de nuages venteux. Il pleut des hordes d'hommes, des passants pressés, usés. Un arbre me tend ses feuilles, ses branches sont presque
nues. J'hume l'humus, me revigore de cette terre humide, après la pluie. Un arc-en-ciel viendra, un enfant courra à ses pieds, chercher le trésor. En quête de cette alchimie, où l'imaginaire
pousse à la démesure. Pourquoi voir petit ? C'est un géant ce petit.
La nuit tombe sur le jour qui vient à peine de poindre. Un envol d'oiseaux, un départ, certains reviendront. Chacun ses horizons; portés, poussés, par le soleil, l'instinct, la survie. Vivre ou
survivre ? Quelques taches de sang sur le gris, demain elles ne seront peut-être déjà plus. Chaque aurore apporte sa poudre d'or, sa caresse du jour, parfois plaqué au sol. Dans des soleils
confondus, masqués, cachés, tronqués, trompés, absous. La lune interviendra à son heure.
Une cigogne là-haut, perchée sur son nid. Ecrire pour ne pas dire, caresser le bord de la page, un pet de rames. Des imprimés jaunis, dépassés, sans éclats. Des rires éclatés, bulles de savon,
vite envolés. Elle disait : " Le bonheur recèle toujours une part d’insouciance, le malheur de constance " (Christine Orban.)
Il y eut l'espace dilaté d'une souris mutine, d'un envol gracile, d'un quelque part.